Les typologies de pagnes traditionnels

27/09/2019

Tissé, teinté, peint, la confection du pagne traditionnel indique beaucoup sur l'identité de ses artisans.

Les pagnes tissés puis teintés

Ces pagnes sont confectionnés avec des bandes tissées à partir de fibres végétales telles que le coton ou le raphia. La bande de tissu est traditionnellement tissée à la main et est épaisse. Les dimensions de la bande sont plus ou moins grandes selon les provenances, la taille du métier à tisser et la nature. Par exemple les pièces destinées à être teintes sont plus larges que celles dont le tissage a été fait avec des fils de couleurs. Quand vous avez une seule grande pièce de tissu sans aucune trace d'assemblage, c'est que le tissage est fait à la machine 😉 !

Bogolan

Le bogolan est une étoffe de coton épaisse teintée avec des motifs africains Adinkra (idéogrammes ouest-africains) ou des formes géométriques déclinées sous des tons végétaux (ocre, aubergine, noir, écru et blanc par exemple). Le tissu se présente écru avant sa transformation en bogolan qui se fait par l'application des motifs par-dessus. Pour comprendre les étapes de création de ce pagne je vous conseille le blog de Metzli (Nouveaux horizons).

Le Bogolan se trouve dans les pays comme le Mali, le Burkina et la Guinée Conakry. Les modèles de teintures, c'est-à-dire les couleurs et motifs, dépendent de l'ethnie et de la classe sociale. L'ornement du bogolan dépend aussi de la région où est confectionné le pagne. (vidéo) Aujourd'hui, surtout en ville, chacun porte le modèle qui lui plait le plus.

Pagne teinté Indigo ou brun

Ce pagne est teinté via des techniques de nœuds et de filage du tissu. Le pagne teinté de cette manière est aussi utilisé au Japon et est appelé le Shibori. Le filage ou les nœuds empêchent complètement ou partiellement la couleur de teindre certaines parties du tissu. Cette technique permet de décorer le pagne avec une seule teinte. La couleur est déclinée en dégradés et parfois rehaussée grâce aux motifs qui apparaissent dans des tons plus clairs.

Le pagne indigo classique est travaillé horizontalement avec des rayures de couleurs ou des motifs. Les motifs sont généralement géométriques (cercle, croix, carré, etc.) et leurs assemblages sont propres à chaque ethnie et chaque région. Il est généralement teinté en bleu indigo d'où le nom pour ce type de pagne africain. Sinon l'autre couleur traditionnellement utilisée dans les pays du sahel est le brun, aux reflets bleutés. Ce type de teinture déteint sur la peau (ce qui explique les traces de couleurs foncées sur les parties visibles du corps de ceux qui les portent).

Les pagnes tissés avec des fils de couleurs

Pagne Baoulé, Faso Danfani, Kenté, Djoré ... .

Ces pagnes sont tissés avec des fils de couleurs constitués en bandes. Les bandes représentent des successions de motifs géométriques colorés. Une fois terminées les bandes sont assemblées pour composer un pagne ou sont associées à un tissu plus neutre. Le pagne tissé sert à être porté mais pas que... Il sert d'ornement aux murs, aux lits et assises. C'était aussi une excellente couverture pour les périodes de fraîcheurs.

Vous trouverez les spécialistes au Ghana avec le Kenté, en Côte d'Ivoire avec le Pagne Baoulé et au Burkina avec le Faso Danfani. Les Burkinabés ont d'ailleurs gardé cette habitude de porter les vêtements traditionnels au quotidien. Pour ceux qui savent Merci Thomas Sankara ! Pour les autres : premier président Burkinabé et fervent défenseur de la culture africaine, il a entre autres mis l'artisanat du pagne au centre de son combat pour l'identité burkinabaise.

Les pagnes tissés étaient confectionnés dans la majorité des pays de l'Afrique de l'Ouest comme au Mali, entre autres par les Soninkés (le pagne est appelé Djoré), les Peuls, Bambara et Dogons. Les haoussas en confectionnent au Niger et Nigeria, tout comme les Manjaks au Sénégal.

Les artisans du pagne

Auparavant le pagne était une activité économique qui rapportait gros en période de non culture car tout le monde avait besoin de se vêtir grâce aux petites mains des artisans. Il n'y avait pas d'industrie du textile ni de grandes enseignes de mode. Aujourd'hui la grande partie des pagnes provient d'occident : Pays-bas (Wax), Russie (Bazin) ou d'Asie : Chine et Thaïlande (beaucoup de contre-façon de Wax).

Le fil se produisait localement : soit on plantait des champs de coton, soit on allait récolter des fibres de rafia à filer soi-même en bobine. Il y avait des familles de métiers qui étaient d'ailleurs exercées par famille. Le tissage et la teinture étaient des savoirs-faire se transmettant de génération en génération au sein d'une même famille. Le métier indiquait la place dans l'organisation sociale de la communauté. Les couturiers pouvaient être de toutes classes sociales, c'est le talent qui faisait la différence. Aujourd'hui les africains ont gardé l'habitude d'aller auprès de chaque artisan pour se confectionner une tenue sur-mesure, même s'ils achètent aussi du «prêt-à-porter artisanal » auprès de vendeurs de vêtements. En Afrique ces vendeurs sont actuellement les promoteurs des tendances. Comme partout les stars de la musique sont ceux qui lancent la tendance même si parfois certains modèles sont des classiques indétrônables, hérités depuis plusieurs générations (voir article sur les Boubous).

Les teintures sont par les femmes au Mali, en Mauritanie, au Sénégal et par les hommes au Nigéria.